José-Luis Peñafuerte et Thierry Michel : un univers partagé

« Lorsque la Cinémathèque de la Fédération Wallonie-Bruxelles m’a demandé de réaliser un documentaire sur Thierry Michel, je me suis rapidement rendu compte, en tant que cinéaste du documentaire, que créer un film sur un autre cinéaste est quelque chose d’assez particulier et délicat.

Comment construire un point de vue documentaire sur un cinéaste qui a forgé toute une filmographie autour de ce même point de vue, sans que l’un et l’autre ne se confrontent, ni se cannibalisent ?

Alors, pourquoi l’envie l’a emportée ? Tout d’abord parce que le cinéma de Thierry s’ancre principalement dans un territoire qui est aussi le mien. Un territoire que je défends avec force et qui peuple la géographie de mes films : la Mémoire, intime et collective, défaillante ou active, comme arme face aux injustices sociales, économiques et politiques. Dans nos films respectifs, les extraits de ces Mémoires, aussi intimes soient-elles, forment autant de témoignages de notre Histoire récente et collective.

Ensuite, il y a la notion de filiation, si importante au genre documentaire et à sa longue tradition conceptuelle sur ce fameux « point de vue documentaire ». Dans cette grande tradition de l’histoire du cinéma, des « maîtres » du genre viennent très vite peupler nos filmographies respectives, des liens directs et indirects se croisent sans cesse : Paul Meyer, Henri Storck, Joris Ivens, sans oublier Alain Resnais et Chris Marker. Autant d’influences prises avec bienveillance par Thierry comme par moi-même, tel un trésor précieux à défendre aujourd’hui plus que jamais. 

Mais, au-delà du parcours du cinéaste, j’ai eu envie de découvrir et de faire découvrir l’homme. Pour mieux comprendre Thierry, il a été important pour moi d’explorer avec pudeur ses failles, ses espoirs et ses désespoirs, ses souvenirs d’enfance ainsi que son engagement politique, ses illusions et ses peurs. Le but est d’aller à l’infiniment intime pour mieux comprendre les différentes démarches du cinéaste dans sa quête individuelle.

Du Brésil à l’Iran, en passant par la Wallonie et l’Afrique, Thierry a toujours filmé à taille humaine, un cinéma qui réussit à nous transmettre avec intelligence le faux du vrai.

Lorsque le faux se met à nu dans toute sa vulnérabilité devant la puissance du réel, c’est alors que Thierry nous dévoile au mieux comment ce monde fonctionne. Il nous propose toujours une réflexion pertinente et universelle sur les inepties de nos sociétés, afin de mieux comprendre la complexité du monde et le destin des hommes. Un regard pertinent sur le réel, sur la mémoire, sur l’engagement, sur la complexité du monde et le destin des hommes. »

José-Luis Peñafuerte